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Fédération d'Indre et Loire de la Libre Pensée

Fin de vie : lettre ouverte à Emmanuel Macron

3 Février 2021, 11:44am

Publié par Fédération de la Libre Pensée d'Indre et Loire

Ailleurs dans le monde

(Reuters) - Des parlementaires allemands ont proposé vendredi une loi visant à autoriser le suicide assisté pour les personnes adultes malades et condamnées.

L'an dernier, la Cour constitutionnelle allemande a jugé que la loi interdisant le suicide assisté était inconstitutionnelle.

"Toute personne capable de prendre des décisions pour elle-même devrait également pouvoir décider quand elle veut mourir", a déclaré Katrin Helling-Plahr, membre du Parti libéral-démocrate allemand (FDP), lors d'une conférence de presse.

L'euthanasie reste un sujet politiquement délicat en Allemagne en raison du spectre des crimes des nazis, qui ont assassiné environ 300.000 personnes handicapées et souffrant de troubles psychologiques, jugeant qu'elles ne méritaient pas de vivre.

Selon le projet de loi présenté par les sociaux-démocrates, membres de la coalition au pouvoir, ainsi que par les libéraux démocrates du FDP et la gauche du Die Linke, tous deux dans l'opposition, les personnes souhaitant prendre le barbiturique pentobarbital de sodium pour mettre fin à leurs jours devraient prouver que leur décision est définitive et qu'elles n'ont subi aucune pression de la part de quiconque.

Les Verts, également dans l'opposition, ont élaboré un projet de loi distinct qui exigerait l'avis de deux médecins avant que les patients puissent se voir prescrire le pentobarbital de sodium, a rapporté jeudi le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Certains médecins de soins palliatifs s'étaient prononcés contre toute modification de la loi allemande, craignant que cela ne se traduise par une multiplication de décisions inconsidérées.

Seuls quelques pays dans le monde ont un cadre légal pour le droit à l'euthanasie, permettant au personnel soignant d'administrer des doses létales à des patients désireux de mettre fin à leurs jours, ou bien leur permettant d'effectuer eux-mêmes l'action.

Les députés portugais ont pour leur part donné vendredi leur feu vert à une loi autorisant l'euthanasie pour les personnes âgées de plus de 18 ans souffrant d'une maladie en phase terminale et se trouvant dans une situation de souffrance extrême à condition qu'elles soient jugées psychologiquement aptes à prendre une telle décision.

Le Portugal devient ainsi le quatrième pays européen à autoriser ces pratiques après la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas.

L'Espagne a voté en décembre dernier une loi visant à autoriser l'euthanasie pour les malades atteints d'affections sérieuses et incurables, malgré la vive opposition de la droite et de l'Eglise.

(Zuzanna Szymanska à Gdansk et Catarina Demony à Lisbonne; version française Blandine Hénault et Diana Mandiá, édité par Jean-Michel Bélot)

Monsieur le Président de la République,

Ces derniers mois ont mis en lumière, à travers la douloureuse crise sanitaire que nous connaissons, les insuffisances de la loi du 2 février 2016 sur la fin de vie. Des intubations ou des réanimations ont été imposées à des citoyens, certes âgés mais libres et résolus, à l’encontre de leurs directives anticipées ou de la parole de leur personne de confiance, mandatée à cet effet. Des polémiques ont été nourries et entretenues par des militants anti-choix à la suite des décrets parus sur l’utilisation du Rivotril (clonazepam). Des patients en fin de vie n’ont pas été respectés dans leur conscience et leur volonté. Beaucoup d’inquiétudes ont été exprimées et l’angoisse s’est ajoutée au virus. Plus que jamais, la loi de 2016 a montré ses faiblesses et son inadaptation aux réalités de la fin de vie.

Ce n’est pourtant pas le corps médical qui est globalement responsable de ces situations qui provoquent des souffrances et nourrissent la crainte des Français à l’égard de leur propre fin de vie. Car la loi de 2016 rend les directives anticipées opposables mais non contraignantes, crée un droit au « laisser mourir » – par la sédation – dans les tout derniers jours de la vie mais refuse un droit au « faire mourir » – par l’euthanasie ou le suicide assisté – lorsque le pronostic vital est engagé, que les douleurs sont inapaisables et qu’aucun espoir ne subsiste et interdit à celles et ceux d’entre nous qui disposent de leur discernement le droit de décider eux-mêmes des conditions de leur propre fin de vie.

Dans le monde, plusieurs pays accordent à leur population la liberté de choisir leur fin de vie. Et cela, sans dérive… Depuis 2001, en Europe, de plus en plus de pays autorisent l’aide active à mourir : la Suisse, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg. Cette année, l’Espagne, le Portugal et la très catholique Irlande ont entamé un processus législatif, avec le soutien de leur gouvernement, en direction d’une loi de liberté. En Allemagne, en Autriche et en Italie, des décisions des plus hautes juridictions ont ordonné de permettre l’aide active à mourir ; avant 2022, en ce qui concerne l’Autriche... En Grande-Bretagne, Boris Johnson semble vouloir libéraliser le sujet… Seule la Pologne reste figée sur des positions qui, loin de notre laïcité, évoquent la sacralité de la vie. Mais  qui  voudrait  que  la France ressemble à la Pologne d’aujourd’hui avec ses nombreuses atteintes aux droits de l’Homme ?

Aux Etats-Unis, dix Etats (dont DC) ont légalisé le suicide assisté ; l’Oregon, dès 1997 ! En 2014, le Québec a autorisé l’aide médicale à mourir ; deux ans après, c’est l’ensemble du Canada qui a légalisé cette pratique humaine de fin de vie. L’Australie, état après état, légalise l’aide active à mourir : le Victoria en 2017, l’Australie Occidentale en 2019, la Tasmanie sans doute en 2021. La Colombie (depuis 2015) et la Nouvelle-Zélande (dès l’année prochaine) permettent aussi le droit de mourir dans la dignité.

Monsieur le Président de la République, vous le savez, un droit nouveau donne une nouvelle liberté sans créer d’obligation. Un droit nouveau enrichit une société tout entière. L’interruption volontaire de grossesse a permis aux femmes de décider si elles voulaient ou non devenir des mères. Mais aucune, jamais, n’a été forcée dans notre pays à avorter contre sa volonté. Pourquoi ? Parce qu’une loi bien écrite, avec ses contrôles, permet d’éviter les dérives et de respecter les volontés de chacun. Le mariage pour tous a permis à des personnes du même sexe de se marier. Mais aucun homme ni aucune femme n’est obligé de se marier avec un autre homme ou une autre femme.

Chez nos voisins européens qui ont légalisé l’aide active à mourir, depuis bientôt 20 ans pour certains, le recul est largement suffisant pour démontrer qu’il n’y a pas de dérive et que toute la population, même si elle ne souhaite pas user de ce droit, est heureuse qu’il existe. Au cas où…

L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, que je préside et qui s’appuie sur un comité d’honneur de grande qualité et de grande notoriété placé sous la présidence de l’écrivaine Noëlle Châtelet, forte de ses 74 000 adhérents actifs, a élaboré le texte d’une proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté et à assurer un accès universel aux soins palliatifs. Ce texte s’inspire fortement de la loi belge qui existe depuis 2002.

A l’Assemblée nationale comme au Sénat, plusieurs parlementaires ont pris des initiatives, souvent très suivies : le député du Rhône Jean-Louis Touraine (et plus de 150 députés de La République En Marche), la députée de Meurthe-et-Moselle Caroline Fiat (et les 17 députés de La France Insoumise), le député de Charente-Maritime Olivier Falorni, la députée des Alpes-Maritimes Marine Brenier, la sénatrice de Paris Marie-Pierre de la Gontrie (plus 50 sénateurs socialistes) ...

Les observateurs estiment que plus de la moitié des 577 députés sont favorables à une loi de légalisation de l’aide active à mourir. Beaucoup attendent le feu vert du Gouvernement. Beaucoup attendent une parole de vous pour avancer sur ce sujet.

La fonction de président de notre République est difficile. Les obstacles sont forts et les sujets d’opposition sont nombreux. Il est pourtant un sujet qui, en France, reçoit l’approbation de 96% des Français (sondage Ipsos pour Lire la politique – mars 2019) c’est celui en faveur du droit de choisir librement sa fin de vie. Ce sujet est d’importance. Il préoccupe à juste titre les plus vulnérables d’entre nous : les personnes âgées et les malades, mais aussi des plus jeunes (rappelons-nous Vincent Lambert, Hervé Pierra, Vincent Humbert…).

Monsieur le Président de la République, soyez l’un de ceux qui, dans l’Histoire de notre pays, laissera la marque de la liberté individuelle ; comme Valéry Giscard d’Estaing a permis l’interruption volontaire de grossesse, comme François Mitterrand a permis l’abolition de la peine de mort, comme François Hollande a permis le mariage de personnes du même sexe.

Monsieur le Président de la République, je vous demande de vous déclarer en faveur de la liberté en fin de vie et de demander au Gouvernement d’autoriser les parlementaires à discuter d’une grande loi qui permette l’euthanasie et le suicide assisté et donne les moyens d’accéder à des soins palliatifs de qualité, dans le respect des volontés et des consciences de tous, patients et médecins.

Je vous prie de croire, monsieur le Président de la République, à l’assurance de ma très respectueuse considération.

Jean-Luc Romero-Michel
et les premiers signataires de la lettre ouverte :

Eddie Aït, maire de Carrières-sous-Poissy
Jean Baubérot, professeur honoraire à l’EPHE
Etienne Baulieu, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie nationale de médecine
Aurélien Beaucamp, président de Aides
Nicolas Bedos, auteur, réalisateur
Marine Brenier, députée des Alpes-Maritimes
Ian Brossat, adjoint à la Maire de Paris
Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre
Roland Castro, architecte
Julien Cendres, écrivain
Noëlle Châtelet, écrivain, universitaire
Eric Chenu, animateur de l’Espace Fédéral d’Ethique de la Mutualité Française
François de Closets, écrivain
André Comte-Sponville, philosophe
Emmanuelle Cosse, ancienne ministre
Eva Darlan, comédienne
Marie-Pierre de La Gontrie, sénatrice
Bertrand Delanoë, maire honoraire de Paris
Muguette Dini, sénatrice honoraire
Olivier Falorni, député de Charente-Maritime
Rémi Féraud, sénateur de Paris
Dominique Fernandez, de l’Académie Française
Caroline Fiat, députée de Meurthe-et-Moselle
Irène Frain, écrivaine
Alain Fouché, sénateur honoraire
Bruno Gaccio, auteur
Jacques Gaillot, ancien évêque d’Evreux
Christian Gaudray, président de l’Union nationale
des Familles Laïques
Annie Gautrat, dite Stone, artiste de variétés
Alex Goude, artiste
Benoît Hamon, ancien ministre
Anne Hidalgo, maire de Paris
Patrick Kanner, ancien ministre, sénateur du Nord
Patrick Kessel, journaliste, président d’honneur du Comité Laïcité République
Guillaume Lacroix, président du Parti Radical de Gauche
Brigitte Lahaie, animatrice radio
Philippe Lazar, fondateur du Comité national de bioéthique dans les sciences de la vie et de la santé
Marylise Lebranchu, ancienne ministre
Claude-Jean Lenoir, pasteur honoraire,
membre de l’Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Caen
Thierry Lhermitte, comédien
Noël Mamère, député honoraire
Henriette Martinez, députée honoraire
Jean-Luc Melenchon, ancien ministre
Olivier Minne, auteur, présentateur
Maxime Minot, député de l’Oise
Véronique Neiertz, ancien ministre
Patrick Pelloux, médecin urgentiste
Emmanuelle Pierre-Marie, maire du 12e arrdt de Paris
Frédérique Plaisant, présidente de la Fédération Française de Crémation
Christian Rauth, acteur, auteur, metteur en scène
Line Renaud, artiste
Jean-Luc Romero-Michel, président de l’ADMD, adjoint à la Maire de Paris chargé des droits humains
Willy Rozenbaum, professeur de médecine, codécouvreur du virus du sida
Danielle Simonnet, conseillère de Paris
Anne Sinclair, journaliste
Jean-Louis Touraine, député du Rhône
Valérie Trierweiler, journaliste