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Fédération d'Indre et Loire de la Libre Pensée

Discours des commémorations de la Commune de Paris à St-Pierre-des-Corps le 29 mai 2021

26 Juin 2021, 10:52am

Publié par Fédération de la Libre Pensée d'Indre et Loire

Discours prononcés lors des commémorations de la Commune de Paris  à St-Pierre-des-Corps le 29 mai 2021

Discours de Mme Marie-France BEAUFILS, ancienne maire de St-Pierre-des-Corps, sénatrice :

Merci de m’avoir invité à cette initiative marquant les 150 ans de la Commune.

Nous avons ensemble décidé de nommer cette place du nom de la Commune, à cet endroit qui s’ouvre vers le stade municipal de St-Pierre auquel nos ainés ont donné le nom de Zéphirin Camélinat. Il fut le délégué de la Commune à la Monnaie, nommé directeur de l’Hôtel de la Monnaie du 9 avril 1871 au 25 mai. Cela n’avait pas échappé à Patrick Fonteneau, notre passionné de l’histoire de la Commune quand nous avons cherché le lieu qui pourrait dans la ville le mieux porter cette part de l’histoire de France.

J’ai répondu à votre proposition de prise de parole aujourd’hui en mêle temps qu’à Paris les Amis de la Commune marchent vers le Mur des Fédérés où furent tués les Communards. Marquer ce 150ème anniversaire est particulièrement important et on ne peut que trouver inacceptable ce refus de marquer cet anniversaire.

C’est une page de notre histoire, celle de la France.

C’est une page de la construction de la démocratie.

C’est une page de la prise de pouvoir du peuple pour défendre la République.

C’est une page de ce que l’on appellerait aujourd’hui la “participation citoyenne”.

Je suis pour ma part marquée par cette volonté de participation des ouvriers, employés, des gens du peuple aux choix qui les concernent et comment ils conçoivent le rôle des élus qu’ils chargent de mettre en œuvre ces propositions élaborées en commun. Un bel exemple qui aurait eu toute sa place dans une commémoration nationale. A quelques semaines d’élections départementales et régionales, à un an de la présidentielle et des législatives, cela aurait pu être l’occasion d’un débat sur la participation des habitants à la vie de toutes ces assemblées, mais aussi du rôle des élus, leurs obligations vis-à-vis des électeurs.

Ces 72 jours de la Commune ont été d’une richesse qui nous marque encore aujourd’hui : la séparation de l’Eglise et de l’Etat qui deviendra effectivement inscrite dans la loi en 1905 ;  une instruction laïque, gratuite, obligatoire pour tous les enfants des deux sexes, une urgence d’égalité salariale pour les instituteurs et institutrices ; une journée de travail de 10h et une salaire minimum ; une réquisition des ateliers abandonnés et une reprise par les travailleurs de la gestion collective des moyens de production qui leur étaient remis. Je ne citerais pas tout.

Mais une dernière mesure, celle de la réquisition des logements vacants et du moratoire sur les loyers impayés, qui est encore aujourd’hui totalement d’actualité.

Il y a 150 ans, ces hommes et ces femmes ont porté un projet de société particulièrement moderne, en tout cas révolutionnaire. On aimerait que l’esprit de transformation qui les animait soit présent aujourd’hui plus largement dans notre pays…

Marquer ce 150ème anniversaire, c’est aussi faire en sorte que soient mieux connus celles et ceux qui ont été porteurs de ces luttes et je veux dire ici que le journal l’Humanité nous a fournis pendant ces deux mois de redécouvrir des acteurs de la Commune, hommes et femmes, qui mériteraient une place plus grande dans notre mémoire.   

Je ne peux résister à une citation de Louise Michel qui aujourd’hui a tout son intérêt dans les débats de sortie de crise sanitaire : « Le capital est une fiction, puisque sans le travail il ne peut exister, et ce n’est pas souffrir pour la République qu’il faut, mais faire la République sociale ». Mais peut-être que l’initiative du 12 juin va permettre d’engager le débat sur comment et avec qui on construit l’avenir.

 

Discours de Christian Faucompré, de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT :

Je tiens à remercier tout d’abord les camarades de la Libre Pensée d’avoir pris cette initiative et de permettre à l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT d’y intervenir.

Si la CGT et son Institut d’Histoire sociale ont tenu à s’inscrire dans les initiatives autour de cet anniversaire, ce n’est pas dans une démarche commémorative mais au contraire pour replacer l’esprit de la Commune dans le temps présent. C’est aussi peut-être parce que notre organisation syndicale, née 24 ans après la Commune, est une des filles de « cette révolution impromptue » comme l’a nommée Roger Martelli dans son dernier ouvrage.

Nul ne peut appréhender la construction du mouvement syndical de notre pays et la naissance de la CGT sans étudier les mouvements révolutionnaires qui ont vu le jour tout au long du 19ème siècle. C’est d’ailleurs notre histoire commune (sans jeu de mots) à nous CGT et nos camarades de FO. De la révolution de juillet 1830, en passant par l’insurrection des canuts lyonnais en 1831, les émeutes parisiennes de 1832, celles de février et juin 1848, les barricades parisiennes contre le coup d’Etat de Napoléon III en 1851, jusqu’à la Commune de 1871, c’est la conscience ouvrière et son désir d’émancipation qui se sont développés durant cette période trop mal connue.

 Si 150 ans après, la Commune de Paris suscite toujours le même intérêt, c’est qu’elle fut un des marqueurs de l’histoire qui dépasse largement nos frontières. Des Etats-Unis, sortant de la guerre de sécession, à la Chine, de l’Amérique latine au Maghreb, comme dans toute l’Europe, la Commune a apporté son souffle à la volonté des peuples opprimés de se libérer du joug des classes dominantes.

Il n’est pas imaginable de travailler l’histoire du mouvement social et ouvrier sans faire référence à ces femmes et à ces hommes qui ont eu le courage de se révolter alors qu’elles et ils étaient enserrés entre les armées prussiennes et versaillaises. Dans ce Paris assiégé et affamé, elles et ils n’ont pas hésité à prendre leur destin en main face à l’adversité pour mettre en place une République démocratique et sociale. Refusant la capitulation et de livrer leurs canons à l’armée versaillaise venue les prendre par la force, le peuple de Paris s’est soulevé le 18 mars 1871. Durant 72 jours, il a uni ses forces pour s’organiser en République autonome sous le nom de « Commune de Paris ».

Dans ce bref laps de temps, et malgré les coups de boutoir de l’armée versaillaise, le peuple de Paris a bâti l’armature d’une société progressiste. Certes, elles et ils n’ont pas réussi à mener à bien leur œuvre mais, sur de nombreux aspects, cette Commune a marqué en profondeur le mouvement ouvrier national et international du 19ème siècle. Elle fut un creuset d’idées novatrices et progressistes qui sont toujours au cœur de notre actualité.

La Commune est considérée comme la plus authentique démocratie, au sens littéral du terme, qui n’ait jamais existé avec une représentation directe des citoyens, permettant à tout moment la révocation des élu-e-s. La Communes a voulu concrétiser l’aspiration ouvrière de l’Association Internationale des Travailleurs « l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ».

 

Discours d’Alain JOUANNET, président de la Libre Pensée 37

Amis, camarades, compagnons,

Non, la Commune de Paris n’est pas morte !

La Commune ? C’est en fait le premier gouvernement ouvrier.  C’est en cela qu’elle a une portée internationale. Le gouvernement du peuple par le peuple, pour paraphraser Karl Marx.

Nous ne sommes pas des nostalgiques ou des passéistes, ni même des historiens, nous sommes les uns et les autres des militants de sensibilité, d’histoire différentes. Nous sommes partisans de l’émancipation sociale, économique. C’est toujours d’une brûlante actualité ! Nous combattons ce gouvernement liberticide, autoritaire, arrogant, réactionnaire, qui connaît une dérive totalitaire évidente. Nous combattons contre les restrictions imposées au nom de l’état d’urgence permanent, qu’on le baptise sanitaire ou pas. Nous combattons la loi dite sur le séparatisme, sur le fichage des syndicalistes et des militants… Nous combattons pour la laïcité, c’est-à-dire pour la défense et l’application sut tout le territoire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de décembre 1905 !

Pour nous, la laïcité ne peut être à géométrie variable, utilisée à des fins xénophobes et islamophobes.

Pour nous, toutes les religions sont hostiles à la République, au progrès social, à la liberté de conscience et à l’émancipation dans tous les domaines : procréation, avortement, droit au suicide assisté…

Nous sommes aux côtés des syndicalistes réprimés, aux côtés des associations menacées. C’est pour cela que nous défendons l’UNEF, même si certaines pratiques internes ne nous plaisent pas. Ce n’est pas à l’Etat, au gouvernement Macron, de définir les bonnes et mauvaises associations ! Nous défendons la loi de 1901 et la liberté d’association !

C’est pour toutes ces raisons que nous sommes fondés, légitimes, pour défendre la Commune ! Nous préférons faire cela que d’honorer, avec nostalgie, l’empereur Napoléon, comme le font certains ! Mais… n’est pas Napoléon qui veut !

Oui, nous défendons la Commune, ce premier gouvernement ouvrier qui dura 72 jours et qui fut sauvagement réprimé lors de la Semaine sanglante avec ses 40.000 morts fusillés, ses déportés… On disait que les bourgeois aimaient les prolétaires saignant comme la viande. La bourgeoisie et ses alliés aiment les prolétaires, mais… morts ! Enterrés aussi profond que possible, sous des fleurs si nécessaire.

Nous ne mangeons pas ce pain-là !

La Commune a été oubliée, calomniée, déformée, vilipendée. IL suffit de voir comment certains manuels scolaires traitent ces évènements. D’autres d’ailleurs n’en parlent même pas, ou plus. Il faut effacer cela de la mémoire. Pour les idéologues qui défendent le régime, c’est une utopie, un mauvais exemple. La Commune a marqué la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l’exploitation, de l’agiotage et des privilèges. C’est d’ailleurs pourquoi, malgré les faits, les textes irréfutables de l’époque, on continue de dire aujourd’hui que Karl Marx aurait été contre la Commune. Il faut oser quand même ! Mais ils osent tout… vous connaissez la suite, devenue célèbre !

La révolution qui se déclenche à Paris en mars 1871 ne commence pas par l’élection de l’Assemblée communale. Elle commence par « la destruction préliminaire du vieil appareil gouvernemental » (Karl Marx dans "La guerre civile en France", 2° essai). Le pouvoir qui s’établit à travers l’Assemblée communale qui concentre le pouvoir législatif et exécutif, dont les membres sont révocables à tout instant, s’appuie sur la mobilisation autonome de la classe ouvrière, à travers ses organisations, les clubs, les bataillons de la Garde Nationale. Les clubs où les femmes jouent un rôle important. Les syndicats ont leurs représentants dans les commissions du travail et de l’échange.

Je ne peux ici retracer toute l’histoire de la Commune et sa chronologie politique. C’est l’objet d’une brochure éditée par la Libre Pensée 37, disponible ici.  Ce sera l’objet d’une conférence publique et d’une exposition quand les conditions le permettront. Mais je veux insister sur 2, 3 aspects :

Premièrement, les mesures démocratiques et socialistes. Même si elle a fait preuve d’une grande modération (mais il n’y avait pas que des ouvriers dans le Comité central), la Commune n’a pas nationalisé les usines (peu nombreuses encore) et les entreprises. Elle a maintenu la durée de l’ancienne journée de travail, conservé les anciens impôts.

Néanmoins, les mesures et les décrets pris pendant  ces 72 jours sont d’une extrême importance et un guide dans l’actualité. Oui, ils ont osé !

1°) séparation des Eglises et de l’Etat ; suppression du budget des cultes. Cela préfigure la loi de 1905.

Ecole gratuite et obligatoire pour les filles et les garçons. Cela préfigure les grandes lois laïques de la fin du XIX° siècle, de Jules Ferry notamment.

2°) Abolition de l’armée permanente ; abolition de la conscription. Il fallait oser !

3°) Traitement des instituteurs et institutrices à 2000 francs. Ils mourraient littéralement de faim à l’époque.

4°) Fixation des émoluments des membres de la Commune à 15 francs par jour. On comprend la volonté des édiles, députés et autres aujourd’hui, de laisser cela sous le boisseau. Ça fait tache, comme on dit !

5°) Interdiction du cumul ; fixation maximum des traitements à 600 francs.

6°) Suppression du travail de nuit pour les boulangers et les femmes.

7°) Remise générale des loyers des termes d’octobre 1870, janvier et avril 1871.

8°) Suppression de la vente des objets déposés au mont de piété.

9°) Suppression de la catégorie “illégitime” pour les enfants nés hors mariage et reconnaissance des unions libres.

10°) Décret concernant la remise en exploitation des ateliers abandonnés par les patrons.

11°) Décret qui supprime les amendes et retenues sur les salaires ouvriers. Les bureaux de placement son supprimés. Garantie du salaire minimum vital.

12°) Justice gratuite.

13°) Révocation possible des élus ; élection des juges et hauts fonctionnaires.

14°) Autonomie municipale.

La plupart de ces décisions n’ont pas eu d’application pratique, vu notamment la brièveté de l’existence de la Commune.

Une remarque : les femmes ont joué un grand rôle dans la Commune. Il y a plusieurs noms connus dont celui de Louise Michel, une des figures les plus emblématiques, mais qui n’a pas joué de rôle politique déterminant. Ce qui n’enlève rien à son courage et son engagement.

Elles étaient soldats en uniforme de la Garde sur les barricades, ambulancières, cantinières ou infirmières. Elles étaient très radicales, notamment vis-à-vis du clergé. Elles ont été calomniées, injuriées, accusées de mettre le feu à la ville d’où le surnom de pétroleuses. Mais il n’y avait pas de femmes dans le Comité central. La Commune n’a pas pris de décret concernant de droit de vote des femmes. Il faut dire cela aussi.

La répression. Il faut donner quelques éléments :

Les bourgeoisies allemandes, prussiennes et françaises, opposées dans un conflit militaire, se sont retrouvées unies face au prolétariat ou petit peuple. Elles se sont coalisées pour écraser cette révolution. Bismarck a autorisé les Versaillais à augmenter leur armée qui passa de 40 à 140.000, puis 170.000 hommes. Bismarck accepte de libérer 60.000 prisonniers qui, pour une bonne part armés de mitrailleuses allemandes, contribueront à écraser la Commune.

Selon la justice militaire :

  • 43.000 arrestations ; 13.000 condamnations par les conseils de guerre ; exécutions à la mitrailleuse comme à Satory.
  • 17.000 exécutions. Certains historiens parlent de 35.000, c’est certainement cela la réalité.
  • 7.000 déportations en Nouvelle-Calédonie.
  • 3.000 exilés en Belgique, 3.500 en Angleterre, 1.000 en Suisse.
  • Paris perd 80.000 habitants. “L’amnistie” partielle n’intervient que 8 ans après et l’amnistie générale le 11 juillet 1880.

Un point de vue que personnellement je partage :

La Commune n’était pas homogène. A sa gauche, il a manqué une force révolutionnaire qui, par exemple, aurait décidé qu’il était temps de marcher sur Versailles, de confisquer l’or de la Banque de France. Mais il y a des limites objectives. Il y a quelques villes où des Communes ont existé.

Les ouvriers étaient peu nombreux. Industrie naissante et limitée. Les paysans sous l’empire souvent de l’Eglise, de l’armée étaient majoritaires socialement. C’est le petit peuple, les misérables, les femmes et les enfants, souvent à l’état de vagabonds et mendiants, qui ont été la base sociale, l’aile marchante.

La répression est à la hauteur de la peur qui fut celle de la bourgeoisie. Aujourd’hui, les cercles dirigeants de l’impérialisme, des grandes banques, éprouvent la même panique face aux révolutions, aux soulèvements qui existent dans plusieurs pays. Ce n’est pas fini. Leur système ne tient que par pas grand chose. D’où les dérives totalitaires.

Non, la Commune n’est pas morte ! Cette fois, il faudra la victoire. On fait tout pour cet objectif.

Je vous remercie.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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