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Fédération d'Indre et Loire de la Libre Pensée

Pensionnat de Kamloops

7 Juin 2021, 15:10pm

Publié par Fédération de la Libre Pensée d'Indre et Loire

Evelyn Camille devant le mémorial.

Evelyn Camille vient régulièrement s'asseoir auprès des siens pour se recueillir, échanger et se consoler devant le mémorial installé face à l'ancien pensionnat.

Agence France-Presse
 

« Beaucoup de nos enfants sont morts », se souvient avec émotion Evelyn Camille, internée de force dans les années 1940 à l'ancien pensionnat autochtone de Kamloops où ont été découverts les restes de 215 enfants.

Pour essayer de panser des plaies toujours douloureuses, cette aînée de 82 ans a contribué à créer une école mettant en avant la culture et la langue de sa communauté, que voulaient précisément nier ces pensionnats.

Evelyn Camille est membre des Tk'emlups te Secwépemc, communauté autochtone de l'ouest du Canada. Née en 1939, elle a été séparée de sa famille, puis internée au pensionnat autochtone de Kamloops, loin de sa communauté.

J'ai été ici pendant 10 ans, raconte-t-elle à l'AFP en pointant la façade de briques rouges baignée de lumière orange le soir. Elle est venue comme d'autres habitants honorer les enfants disparus.

La façade de l'ancien pensionnat autochtone de Kamloops.

Les résultats préliminaires de recherches effectuées à l'aide d'une sonde sur le site de l'ancien pensionnat indien de Kamloops indiquent que les restes d'environ 215 enfants pourraient y être enterrés. Un groupe d'avocats demande maintenant à la Cour pénale internationale d'enquêter sur le gouvernement canadien et le Vatican.

Photo : La Presse canadienne

Ils sont venus nous chercher dans nos réserves et nous ont amenés ici dans de gros camions de bétail, se remémore-t-elle, avant d'avouer, la gorge serrée, qu'elle n'aime pas parler de la vie au pensionnat, car elle y a subi des sévices physiques, mentaux et spirituels.

Beaucoup d'enfants ont tenté de s'enfuir d'ici. Beaucoup ne sont jamais rentrés chez eux, explique-t-elle, une ombre passant sur son visage.

Tant de ces morts n'ont jamais été pris en compte

Une semaine plus tôt, la cheffe de sa communauté a annoncé la découverte, à l'aide d'un géoradar, des restes de 215 enfants à proximité du pensionnat.

Depuis, Evelyn Camille vient régulièrement s'asseoir auprès des siens pour se recueillir, échanger et se consoler devant le mémorial installé face à l'ancien pensionnat.

Evelyn Camille devant le pensionnat de Kamloops.

Née en 1939, Evelyn Camille a été séparée de sa famille, puis internée au pensionnat de Kamloops pendant 10 ans.

Photo : AFP / Cole Burston

Cette découverte met en lumière la façon dont nous étions traités. Beaucoup de nos enfants sont morts, souffle Evelyn, au bord des larmes.

Sa communauté soupçonnait depuis longtemps que ces restes d'élèves disparus se trouvaient près du pensionnat. Cette confirmation a ravivé des blessures qui n'avaient jamais été refermées et a généré une onde de choc, relançant les discussions autour du sujet souvent tabou des pensionnats autochtones.

Il n'y a jamais vraiment de deuil. La douleur est trop profondément enfouie dans nos cœurs, dans nos esprits, dans nos corps, la douleur est trop profonde. Chaque petite chose rouvrira ces blessures, mais nous apprenons à nous y faire.

Une citation de :Evelyn Camille, survivante

Accueillant jusqu'à 500 élèves, le pensionnat de Kamloops a été le plus grand du Canada, avec des enfants issus des nombreux peuples autochtones vivant dans la région.

Créé en 1890 et géré par l'Église catholique, puis par le gouvernement fédéral, il a fermé ses portes en 1978. D'autres pensionnats, environ 140 au total, ont perduré jusqu'à la fin du XXe siècle.

Il est estimé que 150 000 enfants ont été internés par l'Église et le gouvernement canadien. En les isolant de leur culture, ces établissements avaient pour but de civiliser les Autochtones et de leur inculquer des valeurs européennes au moyen d'une éducation religieuse stricte et de travaux manuels pénibles.

Beaucoup y ont subi des sévices physiques et sexuels, et des milliers d'entre eux sont morts ou disparus, selon le rapport de la Commission vérité et réconciliation publié en 2015.

Mal nourris, mal logés, mal soignés : les enfants autochtones mouraient souvent de maladies, notamment de la tuberculose, ou en tentant de s'enfuir des pensionnats, mais les archives relatives à ce sujet sont la plupart du temps incomplètes ou manquantes.

Accompagner les générations futures

À la suite de son expérience traumatisante, Evelyn Camille a aidé à construire à proximité l'école Sk'elep, afin de faire perdurer malgré tout les traditions de son peuple, tout en se reconstruisant elle-même.

J'ai aidé à bâtir cette école, car je me suis dit : "Ça ne doit plus jamais arriver, à aucun de nos enfants. Nous devons construire notre propre école où les enfants connaîtront leur culture, leur langue et leurs traditions", raconte cette mère de trois filles, qui y enseigne principalement à des enfants de cinq et six ans.

J'espère que j'y travaillerai encore longtemps, s'exclame-t-elle, un large sourire éclairant son visage.

Après la fermeture du pensionnat, elle a aidé des enfants placés en famille d'accueil, car leurs parents, désespérés de les voir internés, avaient sombré dans l'alcool.

Le mémorial entouré de quelques fleurs.

Le monument édifié en mémoire des enfants de Kamloops (ici photographié peu de temps après les révélations) a reçu une attention croissante au fil des jours.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

Le vent se lève sur le mémorial improvisé, qui grandit de jour en jour au gré des offrandes apportées par des personnes parfois venues de loin.

Jouets et petites chaussures côtoient fleurs et messages de soutien déposés toute la journée au son des chants traditionnels et des tambours.

Après avoir consolé des membres de sa communauté rassemblés devant le mémorial, Evelyn ferme les yeux et entonne un chant censé accompagner les esprits des enfants finalement retrouvés après avoir été enfouis pendant des décennies.

Ces enfants ont erré ici pendant trop longtemps. Maintenant, ils peuvent enfin rentrer chez eux.