Statue de Saint-Michel aux Sables d’Olonne : Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche
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De tous côtés, on n’entend plus que cela : la demande de la Libre Pensée de faire respecter l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 de Séparation des Églises et de l’État qui prohibe toute érection de symboles religieux à compter du 1er janvier 1906 dans l’espace public serait scandaleuse et participerait de la « cancel-culture » (culture de l’effacement).

En effet, l’espace public appartient à l’ensemble des citoyennes et des citoyens, il ne peut être marqué par une signification religieuse, ce qui serait contraire à la laïcité qui garantit la liberté de conscience de tous, dont tout le monde se réclame, mais dont tout le monde n’a visiblement pas la même conception.

L’espace public, dans l’esprit du législateur de l’époque, doit rester neutre comme doivent l’être les institutions de la République. Le corollaire est que dans l’espace privé, chacun est libre de professer son opinion « même religieuse » selon la Déclaration des Droits de l’Homme du 26 août 1789.

Ce n’est pas la place qui manque dans l’espace privé (qui est grand) pour mettre cette statue, où elle était d’ailleurs avant. Pourquoi l’avoir mise dans l’espace public, sinon pour marquer le caractère chrétien de la ville des Sables d’Olonne ? C’est confondre la Commune avec la paroisse.

Les Sables d’Olonne serait-elle une zone de non-droit républicain ? Constatons que les mêmes qui hurlent contre les banlieues et les quartiers où les lois de la République ne s’appliqueraient plus, sont les mêmes qui réclament une dérogation anti-laïque pour leur conception religieuse.

Et c’est ainsi que l’inévitable Eric Zemmour court après la réaction comme tous ceux qui sont légèrement à droite d’Hitler, en hurlant avec la droite-extrême, la droite et une partie de la « gauche » sur le thème d’abandon de « leur » civilisation.

Ouest-France publie cette information : « Contre la « cancel culture », défendons la statue de saint Michel. C’est la revendication portée par ce communiqué, publié hier sur le compte Twitter officiel du candidat à la présidentielle Éric Zemmour. Il annonce sa venue aux Sables-d’Olonne samedi, afin de témoigner de tout son soutien à la commune ainsi qu’au maire des Sables-d’Olonne, Yannick Moreau. Il indique qu’il sera accueilli par son ami Philippe de Villiers, ancien ministre et ancien Président du Conseil général de la Vendée. »

D’abord, tous ces braves gens, dont l’ignorance le dispute à la bêtise et à la haine du genre humain, devraient nous dire en quoi les principaux artisans de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État, Aristide Briand, Ferdinand Buisson et Jean Jaurès, ont introduit la « cancel culture ». Ensuite, rappelons le sens de la position de la Libre Pensée sur la « cancel-culture »

La Libre Pensée n’est pas éradicatrice, ni iconoclaste

Il y a lieu de distinguer mémoire et Histoire. La mémoire établit des bornes et des frontières, pas l’Histoire. L’une est limitée, quand l’autre n’a pas de frontière.

La Libre Pensée n’est pas adepte de la cancel-culture. La révision, oui, pas le révisionnisme. On ne doit pas effacer l’Histoire et ses traces, mais on doit l’expliquer en permanence. Il est bien plus utile et pédagogique de mettre un panneau explicatif à côté d’un monument controversé. Panneau dont le texte peut aussi évoluer.

Il ne doit pas y avoir d’holocauste historique des traces du passé. Le Monument en hommage aux Fusillés de Châteaubriant le dit clairement : « Celui qui oublie son passé est condamné à le revivre ». L’Histoire sert une cause, alors que la mémoire peut servir à toutes les causes, un peu comme le fameux Hôtel Printania à Vichy sous « L’Etat Français » de Philippe Pétain : « Bains, douches, gargarismes, sert tous les régimes ».

Parler d’Histoire, c’est faire l’Histoire. En fait, c’est utiliser le passé – à bon ou mauvais escient – pour façonner le présent. L’Histoire n’a d’intérêt que pour le futur et l’action pour faire.

Force est donc de constater que toute cette agitation anti-laïque ne vise, à mauvais escient, qu’à stigmatiser nos concitoyens supposés être musulmans. Cette campagne vise à accréditer l’idée délirante que serait à l’œuvre un « grand remplacement » et que tous les musulmans seraient des terroristes en puissance menaçant notre pays.

Charité bien ordonnée doit commencer par soi-même

A tous ces xénophobes, enrôlés dans une nouvelle croisade, derrière l’ombre de la Croix qu’ils brandissent, nous leur dédions le testament d’un des moines de Tibhirine qui furent assassinés dans les conditions que l’on sait.

Le testament du P. Charles-Marie-Christian de Chergé , Ordre Cistercien de la Stricte Observance.

S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ?

Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.

Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’Islam.

Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’Islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L’Algérie et l’Islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plait à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’Islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le Don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « à-Dieu » en-visagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

AMEN ! Inch’Allah !

Alger, 1er décembre 1993, Tibhirine, 1er janvier 1994.

(Publié dans Communio, Revue catholique internationale N°5 – Tome 46)

Qu’ils réfléchissent donc à la parabole de la paille et de la poutre !

Campo de’ Fiori, le 10 janvier 2022

Interview du président de la Libre Pensée de Vendée sur LCI le vendredi 7 janvier